Petit déjeuner scientifique du Lab School Network : Compétences à s'orienter

Compétences à s’orienter : quels enjeux dans l’accompagnement des élèves ? avec Laurent Sovet (université de Paris)





Chaque trimestre, le Lab School Network organise les Petits déjeuners scientifiques, des rencontres conviviales sous forme de forums ouverts autour de différents thèmes touchant à l’éducation. Ces événements permettent de renforcer les liens entre la recherche, les acteurs éducatifs et tous les citoyens apprenants.


Pour ce deuxième trimestre de l’année 2019-2020, le Lab School Network a pu accueillir Laurent Sovet, maître de conférences en psychologie différentielle au Laboratoire de Psychologie et d’Ergonomie Appliquées à l’Université de Paris. Depuis plus de 3 ans, il réalise des recherches sur les compétences à s’orienter chez les jeunes. Ses études de terrains prennent appui sur une population d’environ 10 000 étudiants entre 18 et 25 ans.

S’orienter n’est pas une simple dichotomie entre “ceux qui ont un projet” et “ceux qui n’en ont pas”. La question de l’orientation ne se pose pas simplement au moment des paliers d’orientation comme le passage du lycée à l’enseignement supérieur. Au contraire, il s’agit d’une posture réflexive tout au long de notre vie qui mobilise des ressources et des compétences. L’identification de ce qui constitue les compétences à s’orienter relève d’un enjeu essentiel malgré un manque évident d’études menées sur le terrain.



Comment définir l’orientation et les compétences à s’orienter au 21e siècle ?



En 2004, le Conseil de l’Union Européenne définit l’orientation au 21ème siècle ainsi :

« Une série d’activités qui permettent aux citoyen.ne.s, à tout âge et à tout moment de leur vie, de déterminer leurs capacités, leurs compétences et leurs intérêts, de prendre des décisions en matière d’éducation, de formation et d’emploi et de gérer leurs parcours de vie personnelle dans l’éducation et la formation, au travail et dans d’autres cadres où il est possible d’acquérir et/ou d’utiliser ces compétences »


La notion d’orientation s’inscrit ici dans une vision d’un monde mouvant à l’intersection des avancées économiques, technologiques et sociales. Elle prend en compte le fait que nous sommes face à des individus changeants dans un monde qui change. Dans un tel contexte, il devient nécessaire d’accompagner chaque individu dans le développement de ses compétences pour qu’il puisse construire son propre parcours (Conseil de l’Union Européenne, 2004). Dans la question de l’orientation des jeunes, ce sont principalement les institutions scolaires mais aussi l’entourage, l’environnement familial qui jouent un rôle important. Il n’y a pas forcément de construction spontanée du projet et l’élaboration d’un projet peut être façonnée par des facteurs extérieurs, que ce soit en terme d’influence ou d’accompagnement. Aujourd’hui, les institutions tentent de s’orienter vers cette politique d’éducation à l’orientation en vue de permettre à chaque élève de prendre des décisions éclairées dans la construction de son parcours.


Pour Ronald G. Sultana, « Les compétences à s’orienter désignent l’ensemble des compétences qui fournissent aux individus et aux groupes des méthodes structurées pour recueillir, analyser, synthétiser et à organiser les informations sur soi, les formations et les métiers mais aussi les compétences pour définir et gérer des décisions et des transitions » (Ronald G. Sultana, 2012, p. 229). On y voit émerger l’idée de compétences à s’orienter multiples et d’une synergie autour de savoirs, savoir-être et savoir-faire. Cette vision plurielle amène à s’interroger : Quelles sont alors ces compétences nécessaires à tout individu pour construire son parcours tout au long de sa vie ?


Quels référentiels pour les compétences à s’orienter ?


De plus en plus de pays disposent d’un référentiel des compétences à s’orienter. On retrouve le plus souvent différentes déclinaisons de ces compétences en blocs et sous-blocs (ex : connaissance du monde du travail). Certains pays ont été élaborées des définitions très précises et opérationnelles de chaque compétence et sous-compétence. On retrouve généralement un côté progressif de ces compétences en rapport avec l’expérience croissante acquise tout au long de la vie, composant une construction des acquis en terme d’orientation. Chaque compétences peut alors se décliner en plusieurs niveaux qui se complexifient à mesure de l’avancement de l’élève dans son parcours ou dans ses acquis.


Il n’existe aucun consensus au sein de l’Union Européenne dans l’identification des compétences à s’orienter. Cela peut s’expliquer principalement par le fait que ces compétences sont relativement ancrées dans les caractéristiques propres à chaque pays et notamment par rapport à l’organisation du système éducatif. Cela relève la présence d’enjeux contextuels et culturels à prendre en compte dans l’élaboration de ces compétences. Si nous prenons l’exemple du Togo en Afrique, les difficultés rencontrées par de nombreux étudiants dans le financement de leurs études peut amener à engager des démarches de recherche et de candidature à des bourses. Il s’agit d’une compétence particulièrement saillante pour ces étudiants qui ne se retrouve pas forcément avec la même intensité dans d’autres pays. Des différences au niveau national peuvent aussi s’envisager. les élèves qui se trouvent dans des zones d’habitation éloignées de tout établissement d’enseignement supérieur auront à développer des co