Les petites bulles d’oxygène Recherche-action participative du Lab School Network

Compte rendu de la première séance


La première séance de la recherche-action participative menée dans le cadre des « Petites Bulles d’oxygène » s’est tenue le mercredi 6 octobre 2021. Elle est centrée cette année sur les compétences socio-émotionnelles (ci-après, abrégées en CSE), en lien avec un groupe de travail du projet Erasmus+ LabSchoolsEurope – Participatory research for democratic education. La problématique en est la suivante : « Comment développer des compétences transversales et socio-émotionnelles en les intégrant dans le programme des enseignements disciplinaires afin de favoriser la démocratie à l’école ? »


Depuis 2015, les programmes scolaires témoignent d’une évolution notable dans la prise en compte des émotions de l’enfant et la nécessité d’accompagner le développement de leurs compétences socio-émotionnelles. En effet, ces dernières sont non seulement positivement associées à la réussite à l’école, mais aussi au bien-être individuel et social. Cependant, les enseignants se disent souvent démunis lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre les prescriptions des programmes relative aux émotions et aux CSE, à la fois en raison des insuffisances au niveau de la formation initiale ou continue et de la difficulté à intégrer le développement de ces compétences dans des programmes scolaires déjà surchargés (Wigelsworth et al., 2020).


La rencontre réunissait une douzaine de participants – membres de l’équipe de la Lab School Paris, ainsi que des enseignants et des jeunes chercheurs intéressés par la thématique. Elle s’est ouverte sur une courte intervention de cadrage de Pascale Haag (chercheure à l’EHESS, laboratoire BONHEURS, LSN), qui coordonne cette recherche. Elle s’est déroulée en trois temps : une présentation d’éléments théoriques issus de la recherche sur un aspect de la thématique, suivie d’un temps d’échange et de partage d’expérience en petits groupes, et enfin, une mise en commun de la synthèse de chaque groupe.



Évoquant l’importance d’un environnement favorable aux apprentissages, Pascale a d’abord rappelé brièvement l’importance de la prise en compte de trois « besoins psychologiques fondamentaux » mis en évidence par les chercheurs Edward Deci et Richard Ryan dans leur Théorie de l’auto-détermination – les besoins d’autonomie, de compétence et d’appartenance sociale –, dont la satisfaction est liée positivement aux indicateurs de développement scolaire, émotionnel et social chez les enfants, ainsi qu’avec leur bien-être.


Elle s’est ensuite attachée à donner une première définition du terme « démocratie » à l’école et de l’expression « éducation démocratique », un terme consensuel souvent employé sans définition préalable, comme s’il allait de soi, et sans forcément avoir une idée très claire de ce qu’il recouvre ! Afin de pallier cette lacune, Pascale prend appui sur les travaux menés par des chercheurs espagnols qui cherchent à élaborer un cadre théorique pour analyser les pratiques dites « démocratiques » à l’école.


Après avoir fait observer que les propositions élaborées à partir de la sphère éducative n’ont généralement que peu de rapport avec le débat philosophique, politique et sociologique actuel sur la démocratie, les auteurs proposent de retenir quatre dimensions :

  • la gouvernance – une forme de gouvernement dans laquelle la souveraineté du pouvoir politique réside dans les citoyens et dans laquelle, par conséquent, des structures de participation et de prise de décision libre et éclairée sont établies et organisées ;

  • l’habitabilité (inhabitance) – la gouvernance démocratique ne suffit pas à elle seule à garantir le « vivre ensemble », qui nécessite des conditions de vie décentes, ainsi que des droits économiques, sociaux et culturels ;

  • l’altérité (otherness) – les deux premières dimension s’accompagnent du besoin de reconnaissance des différences et d’acceptation mutuelle entre les humains, mais aussi de la protection de la planète, donnant naissance à des revendications et à l’élaboration de droits, notamment le droit à l'autodétermination, à la différence et à la paix, le droit à un environnement préservé, sain et durable non seulement pour les contemporains, mais aussi pour les générations futures ;

  • l’ethos – la manière d’être au monde, de vivre dans le monde des individus et des collectifs est indissociable des trois précédentes dimensions : sans valeurs, vertus et humanisme, gouvernance, habitabilité et altérité ne peuvent d’articulers.


Un tour de table permet mettre en lumière certains des éléments-clefs retenus par les participants concernant la manière dont cette conception de la démocratie peut se traduire à l’école : une éducation où les besoins fondamentaux seraient satisfaits / une préparation à l’avenir / un apprentissage des responsabilités / des décisions / un rôle pour chaque enfant / des élèves actifs / de l’échange et du partage au sein de l’école.


La démocratie ne va cependant pas de soi, n’est pas innée : elle s’apprend. Et c’est justement l’un des rôles de l’enseignant d’accompagner les élèves dans l’intégration de ces différentes dimensions : leur donner les moyens de prendre des décisions libres et éclairées, de connaître et de faire respecter leurs droits et ceux des autres et d’acquérir les valeurs et l’ethos qui permettent le « vivre ensemble ». Une « éducation démocratique » au sens où l’entend notre groupe de travail ne vise pas, par conséquent, à abolir totalement les asymétries entre enfants et adultes, entre élèves et enseignants, dans le contexte pédagogique, mais à accompagner le développement de l’enfant et sa quête d’autonomie pour lui permettre de devenir un citoyen éclairé.


L’un des objectifs du projet est d’affiner à partir de cette proposition notre propre définition de l’« éducation démocratique » au fur et à mesure des séances de l’année et de nos lectures ; le second objectif est d’expérimenter à partir d’un projet centré sur le corpus des Fables de la Fontaine différentes manières de favoriser le développement des élèves par rapport à ces dimensions.


Il s’agit d’un projet mené à l’échelle de l’ensemble de l’école tout au long de l’année, qui se conclura par la présentation d’un spectacle commun à tous les cycles. Au niveau des CSE, l’objectif est de mettre à profit ce projet de spectacle pour en explorer différentes facettes. Les Fables permettant aussi un travail sur la question des émotions, en les repérant implicitement et explicitement dans les textes, ou en les jouant en récitant/lisant des fables, par exemple.


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